Mon cher Kacvey,

Continuons …

Un siècle et 9 ans plus tôt, si bien que le Cambodge fut sous le protectorat français, le roi Sisowath effectuait une visite d’état en France, puissance coloniale de l’époque,  sur l’invitation du Président Emile Loubet. Mais le Président Loubet quitta le pouvoir le 18 février 1906, et ce fut Armand Fallières qui lui succéda le même jour.

Après un mois de voyage par bateau, le roi Sisowath arriva à Marseille le 10 juin 1906 et entama sa visite royale en France depuis la capitale des Bouches-du-Rhône jusqu’à Paris.

L’histoire des relations entre le Cambodge et la France au moment de la visite du roi Sisowath, nous fait savoir 2 grands évènements qui, non seulement ouvraient la porte du Cambodge au monde occidental, mais aussi débutaient le mouvement de l’enseignement supérieur/universitaire dans les grands établissements français “de la métropole” en faveur des étudiants khmers ayant fini leurs études secondaires à Phnom Penh. Le Prince Monivong inaugurait ce mouvement intellectuel à St Cyr en 1906 – la suite, vous la connaissez bien, étant un produit, quelques décennies plus tard, de cette sagesse de la politique sociale et éducative pour les générations à venir. Ces 2 évènements furent, d’une part des apports que le Cambodge et son roi apportaient à la France sous forme d’une reproduction du Temple d’Angkor pour “l’Exposition Coloniale de Marseille”, et d’autre part la démonstration que le Cambodge, même sous protectorat, n’entamait ni l’aliénation du peuple, ni la majesté des souverains khmers. L’histoire d’un pays ne trahit jamais son futur, mais l’inverse n’est souvent pas vrai.

Mais Kacvey, vous pourriez vous demander pourquoi ce retour si, si loin en arrière du temps? Ne faudrait-il pas plutôt se concentrer sur le futur?

Une question simple appelle une réponse simple aussi, mais sous forme d’une interrogation sur le futur. Est-ce-que la visite d’état en France de l’home fort (autocrate/cleptocrate, avec ou sans un bol dans la main) vers la fin d’octobre 2015 aurait des éclats pour le Cambodge comme ce que faisait le roi Sisowath plus d’un siècle plus tôt, et quels résultats extraordinaires le peuple khmer pourra escompter, à part le charabia politique et diplomatique qu’on lit presque tous les jours, soit dans les média traditionnels, soit dans les réseaux sociaux. Voilà la réponse pour le futur.

La visite royale du roi Sisowath faisait la une du Numéro 815 du journal de l’époque “Le Petit Journal” en date du 1er juillet 1906 (texte reproduit en bas et en italiques) et aussi du Numéro 906 du journal “Le Petit Parisien” en date du 17 juin 1906. Ce fut l’histoire enregistrée en temps réel et fidèle. Oserait-on espérer lire le reportage de la visite de l’homme fort de Phnom Penh sur la première page de Le Monde, Le Figaro ou Libération de fin octobre 2015? Kacvey, prudence est conseillée, ne mettez même pas 1 riel en enjeu!

Kacvey, jugez-vous même de la teneur de l’article et attendez de faire bientôt la comparaison:

“Le Petit Journal

S.M. SISOWATH A PARIS

Après avoir conquis les Marseillais par la bonne grâce de ses saluts et de ses sourires, le roi Sisowath est arrivé à Paris, où il a trouvé le même accueil chaleureux.

Depuis qu’il est dans nos murs, le roi du Cambodge va de surprises en admirations. D’abord, le voyage en rapide l’a ravi et intéressé au plus haut point. A son arrivée à la gare de Lyon, il a manifesté tout son plaisir de retrouver les acclamations populaires qui l’avaient accompagné dans toutes ses promenades à Marseille.

Mais ce qui a excité tout particulièrement son enthousiasme admiratif, c’est l’escorte de cuirassiers qui entourait sa voiture.

Ces hommes bardés de fer l’ont émerveillé. Il demandait à son interprète, le docteur Hahn, comment ils pouvaient si bien tenir sur leurs grands chevaux ayant une main occupée à porter le sabre au clair, et il s’amusait de voir tous les fourreaux de tous ces sabres battre en cadence le flanc des chevaux.

Sur les grands boulevards, il fut surpris de la hauteur des maisons. Par des photographies, il connaissait déjà tous les monuments de Paris, et il reconnut tout de suite l’Opéra quand le cortège royal passa pour la première fois devant le célèbre monument de Garnier.

Le roi est fort bien installé, avec sa suite, dans un bel hôtel de l’avenue Malakoff. Il a trouvé là de superbes salons ornés de tapisseries des Gobelins; et sa chambre à coucher est garnie d’un beau mobilier Louis XVI. S.M. Sisowath couche dans un lit en cuivre massif, qui servit au tsar Nicolas II, lors de son dernier passage à Compiègne.

Si le beau temps veut bien favoriser ce souverain des pays du soleil, Sisowath pourra faire à son gré la sieste dans un jardin – dont nous donnons une vue – qui, pour être moins grands que ses jardins de Phnom Penh, ne lui sera pas moins agréable.

Les fêtes organisées pour la visite du souverain suivent leur cours. Le roi aura tout loisir d’admirer toutes les ressources de notre civilisation, car il assistera tour à tour à une réunion sportive, à une fête vénitienne, à une représentation à l’Opéra et enfin à la revue du 14 Juillet, où ses enthousiasmes ne manqueront pas de se manifester pour ces beaux soldats de France, qui ont déjà excité si vivement son intérêt.”

… A suivre au prochain dans “Chez les Gaulois – Chronique No. 3”

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(1) Mise à jour du lundi 26 octobre 2015 – A l’issue de l’entretien, le Palais de l’Elysée publie un communiqué de presse dont voici le lien:

http://www.elysee.fr/communiques-de-presse/article/entretien-avec-le-premier-ministre-cambodgien/

C’est pas lourd comme bagage à ramener à Phnom Penh!

(2) Mise à jour du mardi 27 octobre 2015: Au dernier comptage, “Le Monde” aurait la courtoisie internationale de publier aujourd’hui (mais daté du 28 octobre 2015) un article sous le titre qui est loin d’être flatteur pour cette visite d’état: “La dérive autoritaire du pouvoir de Phnom Penh, de plus en plus fragilisé.”

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2015/10/27/la-derive-autoritaire-du-pouvoir-de-phnom-penh-de-plus-en-plus-fragilise_4797894_3216.html#ZwDkorbm4olSyiJU.99

Merci “Le Monde”!