Mon cher Kacvey,

Vos étudiants devraient se gratter la tête pour comprendre qu’est ce qui se passe en ce moment dans la Cité de Tonlé Buon Mouk avec les déclarations de toute sorte des 3 trois grands “U”.

Les 3 grands “U”, c’est quoi donc?

Ouais! l’ONU, l’Union européenne, et les Etats-Unis. Tous les 3 ont un “U” dans leur nom. Simplifions l’orthographie, quoi!

Ah, sanctions économiques, EBA, critique internationale mitraillée de quatres coins du monde contre le faible homme-fort même au sein de l’Asean, lui même en désarroi au sein de son propre parti et ridiculement hué à Sydney, New York, Tokyo et bientôt Bruxelles et  Genève!

Vous saisissez tous, Kacvey! Alors, vous vous débrouillez pour expliquer à vos étudiants les raisons, causes et effets de tous ces machins-là. Mais voici, en supplément, un téléphone arabe tout récemment intercepté par la déesse de l’année du chien (Tévoda Chnam Chôr) quand, au hazard, elle se promenait dans son chariot dans le ciel au-dessus de nos têtes:

Phnuoy Mék: Allô, mon Seigneur. C’est Phnuoy Mék à l’appareil. Je me prosterne à vos pieds pour vous présenter mes respects.
On Ze: Allô oui. Je vous entends. J’ai seulement 3 minutes avec vous. Washington est sur mes talons. Je vous écoute.
Phnuoy Mék: Les 3 grands “U” sont aussi sur mes talons et je ne sais pas quoi faire. J’attends un geste ou un mot de vous pour réagir contre eux.
On Ze: Je sais, mais vous êtes assez grand pour vous débrouiller, non?! Je ne peux pas mélanger votre histoire avec la guerre commerciale qui me menace en ce moment de Washington. Chaque chose a ses priorités.
Phnuoy Mék: Je vous ai attendu à New York pour montrer à ces 3 “U” que vous êtes le Seigneur en qui j’ai le plus absolu dévouement et qu’ils cessent de m’enquiquiner. Mais vous m’avez posé un lapin.
On Ze: Je ne voulais pas me mettre les pieds au pays des Yankees, mais il y avait pas mal de mes sujets déguisés en supporteurs pour vous encourager.
Phnuoy Mék: Vos “supporteurs” étaient dans les rues et en inferiorité numérique, mais il n’y avait personne de taille dans le grand hall de l’ONU pour me soutenir.
On Ze: Allez, arrêtez de vous plaindre. Quoi d’autre?
Phnuoy Mék: Si EBA passait dans quelques mois, j’aurai une grande crise dans mes bras.
On Ze: Ne comptez-pas sur moi pour acheter ou importer chez moi vos vêtements et chaussures fabriqués chez vous. S’il y a crise sociale, utilisez les millions de dollars qui sont dans vos chaussettes et matelas. Je peux exporter d’autres dollars pour vous, mais je N’IMPORTE ni vos vêtements ni vos chaussures. J’en ai déjà trop de tout ce bazard chez moi.
Phnuoy Mék: Mais, Seigneur, j’ai plus d’un million de travailleuses et leurs familles qui dépendent de la production et de l’exportation de ces vêtements et chaussures.
On Ze: Moi, j’ai plus d’un milliard et demi de bouches à nourrir. Savez-vous faire le math? D’ailleurs, pourquoi depuis tout ce temps-là n’avez-vous jamais réfléchi ou compris que vos usines fonctionnent et vos travailleuses vivent au dépens des dépenses de consommation des gens des 2 grands “U”?
Phnuoy Mék: Mais, c’est les entrepreneurs de chez vous, de Hong Kong, de l’Asean qui décident toujours pour moi.
On Ze: Ces entrepreneurs n’étaient pas chez vous ni avant ni après que vous arriviez de chez Ngouy en 1979. N’oubliez pas que c’est vous qui les invitiez à venir s’installer chez vous depuis 1995, et vous et votre famille en tirez énormement de profits personnels depuis lors. Pourquoi vous n’investissez JAMAIS vos énormes ressources accumulées au fur du temps dans ces usines-là, au lieu de dépendre éternellement et à 100% des facteurs extérieurs?
Phnuoy Mék: Soit. Je vous entends, Seigneur. Que ferai-je de vos entrepreneurs qui dirigent les usines de vêtements et de chaussures?
On Ze: Ils n’ont absolument pas besoin de vous parce qu’ils savent que vous ne pouvez rien faire pour eux. S’ils ferment leurs usines et rentrent chez eux, ce n’est plus leur problèmes de gérer les travailleuses qui n’ont pas de travail. C’est VOUS. Quant à moi, je ne leur dirai rien parce qu’ils savent déjà quoi faire. Sachez que les portes d’investissement sont ouvertes au Bengladesh, en Turquie ou même chez Ngouy!
Phnuoy Mék: Qu’est ce que je devrais faire pour qu’ils ne délocalisent pas leurs usines de chez moi?
On Ze: Si vous êtes communiste comme moi, soyez de vrai communiste avec la dictature du prolétariat. Le communisme et la démocracie sont deux ennemis idéologiques et politiques. Si vous êtes communiste par le biais des élections, même truquées, vous êtes un faux communiste. Regardez moi; regardez Ngouy.
Phnuoy Mék: Au sujet de Ngouy, que diriez-vous de son nouveau président?
On Ze: Au moins, il y a du changement chez Ngouy, comme chez moi. Il n’y a que chez vous que les dirigeants ont des racines comme les banians de Ta Prohm. C’est en changeant qu’on améliore. Même le communisme change les communistes qui changent la face du communisme.
Phnuoy Mék: Alors, Seigneur, vous n’êtes pas d’accord avec le choix de mon fils aîné comme mon successeur?
On Ze: Je ne répète pas ce que je vous ai déjà dit la dernière fois sur ce sujet.
Phnuoy Mék: Etes-vous fâché contre moi, Seigneur?
On Ze: L’émotion et les sentiments n’ont pas de place dans ma politique et la gestion du monde n’est pas un roman d’amour. Dernier point?
Phnuoy Mék: Oui, Seigneur. Si EBA, les sanctions imposées par Washington sur mes “sales 17” (Dirty Seventeen) et les résolutions de UNHRC contre mon autorité domestique deviennent réalité, que deviendraient vos sujets qui s’établissent à Kg Som et ailleurs, et leurs casinos?
On Ze: Je compte sur vous non seulement pour les PROTEGER mais aussi pour tenir vos obligations envers moi car vous avez déjà perçu d’énormes redevances en contrepartie.
Phnuoy Mék: Mais, Seigneur, si, pour une raison ou une autre, la crise sociale déborde et si les amis de Ngouy dans les maisons flottantes et les gros sampans de Tonlé Sap se croisent les bras?
On Ze: Alors, personne n’est indispensable. Je pourrais vous trouver une résidence luxueuse dotée de meilleure médecine traditionelle – comme jadis reservée pour le prince – pour vous dans la province natale de vos ancêtres, le “Nan Min” ou le “Bei Min.” Comme ça, vous pourrez goûter la douceur de la vie dans le communisme étranger avec plus d’un milliard et demi de gens comme voisins. Et soyez rassuré que vous ne manqueriez pas de “tréy ngiét” pour vos repas du soir.

Il y eut un click, et le téléphone arabe coupé. La déesse de l’année du chien jeta un coup d’oeil vers la terre et vit Phnuoy Mék titubant tout seul vers le Tonlé Buon Mouk, une main sur sa poitrine comme pour supplier son coeur de ne pas le lâcher.